Questions à se poser

- Pourquoi, après certaines conversations, est-ce que je me mets soudain à douter de ma propre mémoire ?

- Pourquoi est-ce que je pense de plus en plus souvent : « Peut-être que le problème vient effectivement de moi » ?

- À partir de quand une divergence de souvenirs devient-elle plus qu’un simple désaccord et se transforme-t-elle en gaslighting ?

- Mentir, est-ce automatiquement du gaslighting ?

- Pourquoi quelqu’un qui nie quelque chose avec beaucoup d’assurance peut-il me faire douter de moi-même ?

- Le gaslighting peut-il aussi se produire au travail, dans les familles ou au sein d’un groupe ?

- Comment puis-je mieux distinguer les faits, les souvenirs et les interprétations ?

Qu’est-ce que le gaslighting ?
L’American Psychological Association définit le gaslighting comme le fait de manipuler quelqu’un au point qu’il en vienne à douter de ses propres perceptions, expériences ou compréhension des événements. Le terme vient à l’origine de la pièce Gas Light de 1938 et de ses adaptations cinématographiques ultérieures, dans lesquelles un homme amène sa femme, par des tromperies répétées, à douter de sa propre perception.
Une idée centrale souvent utilisée est donc :

Je perçois quelque chose
ou m'en souviens
        ↓
l'autre nie,
minimise ou
déforme cela à répétition
        ↓
je me mets de moins en moins
à faire confiance
à mon propre jugement

Le gaslighting va donc plus loin que le simple fait de dire :

« Nous ne nous en souvenons pas de la même manière. »

Il s’agit d’un schéma dans lequel la confiance d’une personne dans sa propre capacité à savoir ce qu’elle a vu, entendu, ressenti ou vécu est ébranlée.

La philosophe Kate Abramson décrit donc le gaslighting non pas simplement comme le fait de contredire quelqu’un. Ce qui le caractérise, c’est qu’à terme l’autre commence à prendre moins au sérieux sa propre capacité à évaluer les événements.

Le gaslighting n’est pas un diagnostic psychiatrique

Gaslighting n’est pas un trouble psychiatrique distinct.

C’est un terme qui désigne un certain type d’influence relationnelle ou sociale.

Il n’existe pas non plus encore de définition scientifique totalement uniforme. Une revue systématique de 2025 a d’ailleurs conclu que, dans la recherche, le terme est régulièrement utilisé de façons différentes et parfois trop facilement confondu avec la manipulation en général.

C’est pourquoi il est important de faire preuve de prudence avec cette étiquette.

Pas :

« Tu me contredis »

        =

« Tu me gaslighte »

mais plutôt chercher à comprendre :

Que se passe-t-il exactement ?

Est-ce répétitif ?

Ma perception ou ma capacité de discernement est-elle sapée ?

Y a-t-il un rapport de pouvoir ou de dépendance ?

Quels sont les faits vérifiables ?

Un désaccord n’est pas du gaslighting

Deux personnes peuvent sincèrement avoir des souvenirs différents.

C’est tout à fait normal.

La mémoire humaine ne fonctionne pas comme un enregistrement vidéo. Les recherches sur la mémoire montrent qu’elle est reconstructive et influençable. Des informations ultérieures peuvent s’intégrer à la manière dont une personne se souvient d’un événement.

C’est pourquoi deux personnes de bonne foi peuvent dire :

« Il me semble que tu as dit ça. »

et :

« Moi, je me souviens vraiment d’autre chose. »

sans qu’il y ait manipulation.

DIVERGENCE DE SOUVENIRS

« Je m'en souviens
autrement que toi »

        ≠

gaslighting
automatique

Précisément parce que la mémoire est faillible, une divergence de souvenirs ne suffit pas, à elle seule, pour tirer des conclusions fortes sur l’intention de l’autre.

En quoi le gaslighting diffère-t-il du simple fait d’avoir tort ?

Comparez ces situations.

Situation 1 – désaccord honnête

« Je pensais vraiment qu’on avait convenu de mercredi. »

« Il me semble que c’était jeudi. On regarde nos messages ? »

Ici, il y a une possibilité de vérification.

Situation 2 – dénégation

« Non, je n’ai jamais dit ça. »

Cela peut être faux, mais une seule dénégation ne prouve pas encore qu’il y a gaslighting.

Situation 3 – schéma possible de gaslighting

« Je n’ai jamais dit ça. Tu inventes toujours des choses. Ça t’arrive tout le temps. Ta mémoire est nulle. Je ne sais même pas pourquoi je continue à discuter de quoi que ce soit avec toi. »

Quand, en plus, il existe des messages qui montrent précisément ce qui est nié, mais que le même schéma revient sans cesse, la situation apparaît différemment.

DIVERGENCE

« Nous nous en souvenons
différemment »


DÉNÉGATION

« Je n'ai
pas dit ça »


SCHÉMA DE GASLIGHTING

« Cela n'est pas arrivé
+
tu inventes des choses
+
tu ne peux pas faire confiance
à ta propre perception »

La différence ne tient donc pas seulement à qui a factuellement raison.

Elle tient aussi à ce qui se passe dans la confiance que l’autre a en lui-même.

Mentir, est-ce la même chose que le gaslighting ?

Non.

Quelqu’un peut mentir pour :

obtenir de l’argent,

cacher quelque chose,

éviter une sanction,

se présenter sous un meilleur jour,

sans chercher à vous faire douter de votre propre perception.

Le gaslighting est plus spécifique.

MENSONGE

“Cela ne s’est pas produit”
pour cacher quelque chose


GASLIGHTING

“Cela ne s’est pas produit
et le fait que tu penses
le contraire prouve
qu’il y a quelque chose
qui ne va pas dans ta perception”

Le gaslighting peut donc inclure un mensonge, mais tous les mensonges ne relèvent pas du gaslighting.

Le gaslighting doit-il toujours être conscient ?

Les définitions divergent légèrement sur ce point.

Dans le langage courant et dans une grande partie de la littérature théorique, le gaslighting est décrit comme une manipulation. Cela suggère un comportement intentionnel. L’APA emploie également le verbe manipulate.

Mais dans les relations réelles, l’intention est difficile à prouver.

Une revue systématique de 2026 sur le gaslighting au travail a donc conclu qu’une intention consciente ne peut pas toujours être établie et a traité l’intentionnalité comme une caractéristique qui n’a pas nécessairement à être démontrée dans chaque cas.

Pour ta base de connaissances, je ferais donc cette distinction :

COMPORTEMENT
Que fait la personne ?

SCHÉMA
À quelle fréquence cela se produit-il ?

EFFET
Que se passe-t-il avec
ma confiance dans
ma propre perception ?

INTENTION
Qu’est-ce que l’autre
voulait ?

→ cette dernière question
est parfois difficile
à trancher avec certitude

Tu n’as donc pas besoin de savoir lire dans les pensées de quelqu’un pour prendre un comportement nuisible au sérieux.

En même temps, il ne faut pas présenter une incertitude sur l’intention comme une mauvaise intention prouvée.

Exemple dans une relation

Supposons que ton/ta partenaire écrive pendant une dispute :

“Si tu refais ça encore une fois, je pars.”

Une semaine plus tard, tu reviens sur ce message.

Ton/ta partenaire dit :

“Je n’ai jamais dit ça.”

Tu montres le message.

La réaction est :

“Tu sors tout de son contexte. Tout le monde comprendrait que je ne voulais pas dire ça. Tu fais toujours un drame. Ta mémoire et ton interprétation ne sont tout simplement pas correctes.”

Un mois plus tard, quelque chose de similaire se produit.

Puis encore une fois.

Au fil du temps, tu peux te surprendre à penser avant une conversation :

“Peut-être que je ne devrais rien dire. De toute façon, je ne suis plus jamais sûr(e) que ce dont je me souviens soit correct.”

Événement
    ↓
déni
    ↓
preuve minimisée
    ↓
“le problème, c’est toi”
    ↓
de plus en plus
de doute de soi

Ce schéma se rapproche beaucoup plus de ce que la littérature entend par gaslighting qu’une simple dispute sur qui a dit quoi exactement.

Pourquoi cela peut-il avoir autant d’influence ?

Les gens ne définissent pas la réalité entièrement seuls.

Nous utilisons constamment les autres comme source d’information.

C’est normal.

Si une personne en qui nous avons confiance dit :

“Non, ça ne s’est pas du tout passé comme ça.”

nous le prenons au sérieux.

Les choses se compliquent lorsque cette personne est :

un/une partenaire,

un parent,

un supérieur hiérarchique,

un médecin,

un chef religieux,

ou quelqu’un dont nous dépendons socialement ou émotionnellement.

La sociologue Paige Sweet souligne dans ses recherches sur le gaslighting que de tels processus peuvent être particulièrement puissants dans des relations marquées par des déséquilibres de pouvoir et de dépendance. Son analyse des violences conjugales montre comment la position sociale et le pouvoir relationnel peuvent être utilisés pour saper la réalité de quelqu’un.

J’ai confiance en toi
       +
tu as beaucoup
d’influence ou de pouvoir
       +
tu nies mon expérience
à répétition
       ↓
“Peut-être que
je ne peux vraiment
pas me faire confiance”

Cela explique pourquoi la même phrase, prononcée par un inconnu, peut avoir moins d’effet que si elle vient de quelqu’un qui compte énormément pour toi.

Pourquoi “tu es trop sensible” n’est-elle pas automatiquement du gaslighting ?

Des phrases comme :

Tu exagères.

Tu es trop sensible.

Ça ne s’est pas passé comme ça.

Tu as mal compris.

Tu fais toujours un drame.

peuvent faire partie du gaslighting.

Mais une seule phrase de ce type n’est pas automatiquement du gaslighting.

Peut-être que la personne estime vraiment que ta réaction est disproportionnée.

Peut-être qu’elle t’a mal compris.

Peut-être qu’elle se défend.

Peut-être que vous vous en souvenez différemment.

Le schéma et le contexte sont importants.

Une seule phrase blessante
        ≠
gaslighting
automatique


Déstabilisation répétée
de ta perception
        +
doute de soi
        +
pouvoir relationnel
        ↓
beaucoup plus pertinent

Cela évite que le concept devienne un synonyme de “quelqu’un me contredit.”

Gaslighting et mémoire : les deux personnes peuvent se tromper

C’est une nuance importante.

Quand on étudie le gaslighting, on peut tomber dans l’écueil inverse :

“Je m’en souviens, donc mon souvenir doit être exact.”

Là aussi, c’est trop fort.

Les recherches d’Elizabeth Loftus et d’autres ont montré de manière convaincante que la mémoire humaine est malléable. Des informations suggestives peuvent déformer les souvenirs, et les personnes peuvent même rapporter avec une grande assurance des souvenirs qui ne correspondent pas entièrement à ce qui s’est réellement passé.

C’est pourquoi ce schéma est utile :

Mon souvenir
peut être faillible

        et

l’autre peut essayer
de miner mon
souvenir

Les deux sont possibles

La solution n’est donc pas :

« Fais toujours uniquement confiance à ta mémoire. »

mais plutôt :

« Utilise, dans la mesure du possible, des informations indépendantes. »

Distinguer fait, souvenir et interprétation

Imaginons qu’après une conversation, une dispute éclate.

On peut distinguer trois niveaux.

FAIT

Le message dit :
« Je ne viens pas. »


SOUVENIR

« Je me souviens que
tu avais l’air en colère. »


INTERPRÉTATION

« Tu voulais
me blesser délibérément. »

Le premier peut souvent être vérifié.

Le deuxième est ton souvenir de l’expérience.

Le troisième est une conclusion sur l’intention.

Beaucoup de conflits deviennent confus parce que ces trois niveaux sont mélangés.

Par exemple :

« Je sais que tu voulais m’humilier. »

est plus difficile à prouver que :

« Tu as dit, devant les autres : “Tu ne comprends manifestement pas.” »

Plus tu reviens concrètement au comportement et aux informations vérifiables, moins tu dépends d’un débat sur les intentions.

Le gaslighting peut rendre l’autre plus dépendant de l’autre personne

Quand quelqu’un a de moins en moins confiance en lui-même, une situation étrange peut apparaître :

Je doute
de moi-même
     ↓
je te demande
ce qui s’est vraiment passé
     ↓
tu détermines de plus en plus
quelle version est la bonne
     ↓
je me fais
encore moins confiance

Abramson décrit justement cette atteinte à la position de quelqu’un en tant qu’évaluateur fiable de sa propre expérience comme un aspect central du gaslighting.

Il peut en résulter que la personne se demande de plus en plus souvent :

Est-ce que je deviens fou/folle ?

Est-ce que j’imagine des choses ?

Est-ce que c’était vraiment si grave ?

Peut-être que je suis effectivement trop sensible.

Une revue systématique sur le gaslighting dans les violences liées au genre décrit, parmi les conséquences possibles, une perturbation de la confiance dans la perception et la mémoire, des problèmes émotionnels et l’isolement social.

Le gaslighting peut aussi se produire au travail

Le terme est désormais aussi étudié en dehors des relations de couple.

Une revue scientifique de 2026 a, par exemple, examiné le workplace gaslighting et décrit des schémas récurrents de minimisation et de déstabilisation dans les relations de travail. Les auteurs soulignent que la recherche dans ce domaine est encore relativement récente et qu’il n’existe pas encore de définition totalement établie.

Un employé dit, par exemple :

« La semaine dernière, vous avez dit que cette échéance était pour vendredi. »

Un supérieur répond :

« Je n’ai jamais dit ça. Tu comprends souvent mal les consignes. »

Une fois, cela peut être une simple différence de souvenir.

Lorsqu’il existe des e-mails qui soutiennent la version de l’employé et que le même supérieur nie systématiquement des accords vérifiables tout en présentant l’employé comme peu fiable, le schéma devient plus significatif.

Comment cela peut-il se produire au sein de groupes soudés ?

Au sein de groupes religieux, politiques, professionnels ou sociaux soudés, différentes versions des événements peuvent apparaître.

Les membres peuvent penser :

« Cela ne s’est jamais passé comme ça. »

Les anciens membres peuvent dire :

« C’est absolument comme ça qu’on nous l’a enseigné. »

Les critiques peuvent accuser une organisation de réécrire le passé.

L’organisation peut estimer que les critiques déforment des changements ou des déclarations.

Le mot gaslighting est alors vite employé.

Mais un désaccord sur l’histoire ou la doctrine ne constitue pas encore une preuve de gaslighting.

Différence sur
ce qui était enseigné autrefois

        ≠

automatiquement
gaslighting

Il faut d’abord examiner les faits concrets.

En quoi cela peut-il être parlant concernant les Témoins de Jéhovah ?

Cette distinction est particulièrement utile chez les Témoins de Jéhovah, parce que l’organisation reconnaît elle-même que certaines croyances ont changé au fil du temps.

JW.org dit explicitement que des convictions ont été ajustées à mesure que la compréhension biblique, selon l’organisation, devenait plus claire. L’organisation précise aussi que ces changements sont consignés sous Beliefs Clarified / Clarification des croyances.

Un changement doctrinal n’est donc pas, en soi, du gaslighting.

Par exemple :

AUPARAVANT
une autre explication

        ↓

PLUS TARD
une nouvelle explication

        ≠

automatiquement
gaslighting

Une enquête plus rigoureuse commence par :

Que disait réellement l’ancienne publication ?

Que dit la publication actuelle ?

Le changement est-il reconnu ?

Comment est-il expliqué ?

Cela fournit des informations vérifiables.

Le terme de gaslighting devient vraiment pertinent lorsqu’il existe en plus un schéma récurrent dans lequel la perception fiable ou la mémoire de quelqu’un est sapée, par exemple en niant constamment des informations vérifiables tout en convainquant la personne que son propre jugement est défaillant.

C’est une affirmation bien plus précise que :

« L’enseignement a changé, donc c’est du gaslighting. »

Même d’anciens membres et des critiques peuvent mal utiliser le terme

Le même critère critique doit s’appliquer des deux côtés.

Un ancien membre peut par exemple dire à un Témoin actuel :

« Tu ne sais même pas ce que tu as toi-même vécu, parce que tu es endoctriné. »

Ce n’est pas automatiquement du gaslighting, mais cela peut discréditer inutilement le propre point de vue de la personne.

Un critique peut aussi se tromper sur ce qui a réellement été publié auparavant.

C’est pourquoi il faut toujours se demander :

Pas de conclusion
à partir de :

« Mon groupe dit cela »

mais vérifier :

Quelle est la source ?
Qu’est-ce qui est écrit ?
Quelle version existait à quel moment ?

Le terme gaslighting ne doit pas devenir une arme grâce à laquelle un groupe explique facilement pourquoi l’autre groupe ne comprend pas sa propre expérience.

Changer d’avis n’est pas du gaslighting

Les gens ont le droit de changer d’avis.

Les organisations ont le droit de modifier leur politique.

Les religions ont le droit d’adapter leurs interprétations.

Les scientifiques ont le droit de revoir des conclusions antérieures.

Avant :
« Je pense A »

Plus tard :
« Je pense B »

        ≠

gaslighting

Cela devient problématique seulement lorsque quelqu’un affirme par exemple :

« Je n’ai jamais dit A. »

alors qu’une preuve claire de A existe, et que cela s’inscrit dans un schéma plus large où l’autre personne est présentée comme peu fiable, confuse ou irrationnelle.

Même dans ce cas, il est plus judicieux de décrire d’abord le comportement avant d’affirmer avec certitude l’intention.

On peut aussi commencer à douter de soi sans que quelqu’un vous fasse du gaslighting

Toute remise en question de soi après une conversation n’est pas causée par du gaslighting.

Peut-être êtes-vous :

incertain,

en évitement du conflit,

très fatigué,

effrayé par le rejet,

sensible à l’autorité,

ou vous ne savez réellement plus exactement ce qui a été dit.

C’est pourquoi :

« Après des conversations, je doute de moi. »

est une expérience importante, mais qui ne prouve pas à elle seule ce que l’autre fait.

Mon doute sur moi-même
est une vraie information

mais pas encore
la preuve de la cause

Cette distinction évite à la fois de minimiser les choses et de coller des étiquettes trop vite.

Que faire si vous ne savez plus quoi croire ?

Essayez d’abord de rendre la discussion moins dépendante de la mémoire.

Notez les accords importants.

Conservez les messages pertinents.

Confirmez les points importants par exemple avec :

« Pour être sûr : nous avons donc convenu que… »

Non pas pour accumuler en permanence des preuves contre quelqu’un, mais pour réduire les ambiguïtés.

En cas de conflit récurrent, un simple tableau peut aider :

QUE S’EST-IL PASSÉ ?
événement concret

QU’EST-CE QUI EST VÉRIFIABLE ?
messages
e-mails
agenda
documents

QU’EST-CE QUE JE ME RAPPELLE ?
mon souvenir

QUE DIT L’AUTRE ?
son souvenir

QU’EST-CE QUI RELÈVE DE L’INTERPRÉTATION ?
conclusions sur
les intentions

Cela peut lever étonnamment beaucoup de confusion.

Cherchez des informations indépendantes

Lorsqu’une seule personne ou un seul groupe devient constamment la seule source qui détermine ce qui s’est réellement passé, une deuxième source peut aider.

Cela peut être par exemple :

une publication originale,

un e-mail,

un dossier médical,

un contrat,

un témoin,

un expert fiable,

ou quelqu’un qui n’est pas directement partie au conflit.

Cela ne signifie pas qu’une troisième personne a automatiquement raison.

Cela vous donne plus d’un point d’information.

Pas seulement :

votre version
contre
ma version

mais aussi :

que pouvons-nous
vérifier
indépendamment ?

Repérez les schémas plutôt que les phrases isolées

Une distinction pratique :

PONCTUEL

« Je m’en souviens autrement »

→ possible de manière normale


RÉPÉTÉ

« Je n’ai jamais dit ça »

alors que les preuves montrent
autre chose

        +

« tu es fou »
« tu inventes tout »
« ta mémoire ne vaut rien »

→ schéma à
examiner sérieusement

Le terme devient beaucoup plus précis quand on regarde la répétition, le pouvoir, le comportement et les conséquences plutôt qu’une seule phrase au milieu d’une dispute.

Comment réagit quelqu’un lorsque des preuves apparaissent ?

Cela peut être informatif.

Supposons que deux personnes aient des souvenirs différents, puis qu’elles retrouvent un ancien message.

Une réaction possible est :

« Tu as raison. Je m’en souvenais mal. »

Cela laisse de la place à la correction.

Une autre réaction est :

« Oui, c’est bien écrit, mais tu le comprends mal parce que tu comprends toujours tout de travers. »

Une seule réaction de ce genre ne prouve toujours pas tout.

Mais lorsque les faits changent sans cesse dès que des affirmations antérieures sont réfutées, il peut être judicieux d’examiner le schéma de plus près.

Nouvelles informations

      ↓

Puis-je adapter
ma version ?

ou

faut-il toujours que
ce soit votre perception
qui soit erronée ?

Gaslighting et responsabilité

Cette distinction est importante elle aussi.

Supposons que quelqu’un dise :

« J’ai fait ça parce que tu m’as mis en colère. »

Cela peut être une explication de son émotion.

Mais cela peut aussi déplacer la responsabilité.

Une formulation plus précise serait :

« Je me suis mis en colère à cause de ce qui s’est passé et j’ai choisi de réagir ainsi. »

Le gaslighting, le rejet de responsabilité et le DARVO peuvent parfois coexister dans certaines relations toxiques, mais ce ne sont pas les mêmes notions.

C’est pourquoi chaque notion mérite sa propre explication.

Qu’en faire ?

Ne commencez pas tout de suite par la question :

« Cette personne est-elle un gaslighter ? »

Cela transforme immédiatement un schéma en identité.

Commencez plutôt par :

« Que se passe-t-il entre nous ? »

Puis demandez-vous :

Quel événement concret est contesté ?

Quelles données sont vérifiables ?

Existe-t-il réellement des preuves de mon souvenir ou de celui de l’autre ?

L’autre peut-il reconnaître qu’il peut se tromper ?

Puis-je moi-même reconnaître que ma mémoire est faillible ?

Cette déstabilisation se produit-elle régulièrement ?

Suis-je de plus en plus décrit comme irrationnel, trop sensible ou peu fiable ?

Ai-je le sentiment de devenir de plus en plus dépendant de l’autre pour déterminer ce qui est « réel » ?

Existe-t-il un déséquilibre de pouvoir rendant la contradiction difficile ?

En cas de maltraitance psychologique structurelle ou de relation insécure, une aide professionnelle peut être appropriée. S’il y a aussi menace, violence ou contrainte, la sécurité est plus importante que d’essayer de gagner le débat sur le fond.

Questions à méditer

S’agit-il d’une seule divergence de souvenir ou bien d’un schéma récurrent que j’observe ?

Quels faits puis-je vérifier indépendamment ?

Est-ce que je fais la distinction entre mon souvenir et mon interprétation de l’intention de quelqu’un ?

L’autre personne peut-elle un jour dire : « Tu as raison, je m’en souviens mal » ?

Puis-je le faire moi-même ?

Un désaccord concret est-il sans cesse transformé en jugement sur mon intelligence ou ma fiabilité ?

Après les conversations, est-ce que je me sens mieux informé ou surtout plus confus ?

Ai-je commencé à rassembler toujours plus de preuves parce que je ne fais plus confiance à ma propre mémoire ?

Ai-je, en dehors du conflit, des personnes fiables avec qui je peux parler de mon expérience ?

Est-ce que j’emploie peut-être le mot gaslighting pour un comportement qui relève en réalité du mensonge, du désaccord, de la défensive ou d’une divergence de mémoire ?

Et peut-être la plus importante :

Qu’est-ce que je sais ?

Que est-ce que je me rappelle ?

Qu’est-ce que j’interprète ?

Et qu’est-ce que je peux
vérifier indépendamment ?

Résumé

Le gaslighting est une forme spécifique d’influence manipulatrice par laquelle la confiance d’une personne dans sa propre perception, sa mémoire ou sa capacité à comprendre les événements est sapée. Les définitions scientifiques diffèrent encore légèrement, mais la manipulation répétée, le doute de soi et les dynamiques de pouvoir sont des thèmes importants dans la littérature.

Tout conflit n’est pas du gaslighting.

Tout mensonge n’est pas du gaslighting.

Tout changement d’avis n’est pas du gaslighting.

Et toute différence de souvenir n’est pas du gaslighting.

DÉSACCORD
« Nous voyons cela différemment »

ERREUR DE MÉMOIRE
« L’un de nous s’en souvient
mal »

MENTIR
« Je sais ce qui s’est passé
mais je dis autre chose »

GASLIGHTING
un schéma dans lequel
la confiance que tu as
en ta propre réalité
est sapée

Parce que la mémoire est réellement faillible, les faits vérifiables, les sources originales et les schémas dans le temps sont importants.

Chez les Témoins de Jéhovah, par exemple, le simple fait de changer d’opinion religieuse ne constitue pas une preuve de gaslighting ; l’organisation reconnaît elle-même que ses interprétations ont été ajustées sur certains points et en tient des historiques.

La question centrale utile n’est donc pas :

« Qui traite qui de gaslighter ? »

mais :

Les faits
sont-ils examinés
de manière honnête ?

Puis-je prendre mon
propre vécu au sérieux ?

Et pouvons-nous tous deux,
l’autre et moi, ajuster
notre version lorsque
les preuves l’exigent ?

Sources et approfondissement

American Psychological Association – Gaslight. Décrit le gaslighting comme une manipulation qui amène une personne à douter de ses propres perceptions, de son vécu ou de sa compréhension des événements, et explique aussi l’origine du terme dans Gas Light.

Kate Abramson (2014), Turning Up the Lights on Gaslighting, Philosophical Perspectives, 28, 1–30. Analyse influente qui distingue le gaslighting du simple fait d’ignorer ou de contredire quelqu’un ; l’accent est mis sur l’affaiblissement de la confiance qu’une personne place en elle-même comme évaluatrice de son propre vécu.

Paige L. Sweet (2019), The Sociology of Gaslighting, American Sociological Review, 84(5), 851–875. Analyse du gaslighting dans le cadre des violences conjugales, avec une attention particulière au pouvoir relationnel, aux inégalités sociales et à la remise en cause de la réalité d’une personne.

Jewels Adair (2025/2026), Defining Gaslighting in Gender-Based Violence: A Mixed-Methods Systematic Review, Trauma, Violence, & Abuse. Revue systématique de recherches interdisciplinaires. Décrit le gaslighting comme une atteinte spécifique à la perception, à la réalité et à la mémoire, et souligne notamment la manipulation répétée, le pouvoir et les conséquences possibles sur l’estime de soi et les relations.

Neha Popat & Jatin Pandey (2026), Workplace Gaslighting: A Construct for Organizational Research, Frontiers in Psychology, 17. Revue montrant que le concept est aussi étudié sur le lieu de travail, mais que les définitions sont encore en cours d’élaboration. Les auteurs soulignent que l’intention délibérée n’est pas toujours démontrable dans les cas concrets.

Elizabeth F. Loftus (2005), Planting Misinformation in the Human Mind: A 30-Year Investigation of the Malleability of Memory. Sur l’effet de désinformation et la malléabilité de la mémoire humaine ; important pour comprendre pourquoi une différence de souvenir ne constitue pas en soi une preuve de gaslighting.

Elizabeth F. Loftus (2017), Eavesdropping on Memory. Sur des décennies de recherches concernant la nature changeante et reconstructive de la mémoire.

Les Témoins de Jéhovah – Pourquoi les Témoins de Jéhovah ont-ils changé certaines de leurs croyances ? Explication officielle sur JW.org dans laquelle l’organisation reconnaît que des croyances ont été ajustées et dit publier ces changements.

Les Témoins de Jéhovah – Beliefs Clarified / Clarification de nos croyances. Référence officielle vers des tableaux récapitulatifs où l’on peut retrouver, par année ou par sujet, les ajustements apportés à la compréhension biblique.