Questions fréquentes
- Pourquoi puis-je être en deuil de quelqu’un qui est encore vivant ?
- Pourquoi la tristesse revient-elle parfois par vagues, alors que je pensais aller mieux ?
- Puis-je faire mon deuil d’une foi, d’une communauté, d’une identité ou d’un avenir qui n’existe plus ?
- Pourquoi puis-je regretter quelqu’un tout en sachant que prendre de la distance était le bon choix ?
- Pourquoi une perte semble-t-elle parfois bien plus grande que la disparition d’une seule personne ou d’une seule relation ?
- Le soulagement peut-il coexister avec la tristesse ?
- Pourquoi le deuil dure-t-il plus longtemps chez une personne que chez une autre, ou se manifeste-t-il différemment ?
Qu’est-ce que le deuil ?
Le deuil est une réaction naturelle à une perte. Il peut s’agir du décès de quelqu’un, mais aussi de la disparition ou de la transformation de quelque chose auquel une grande importance était attachée : une relation, la santé, un emploi, une communauté, des convictions, une identité, une projection d’avenir ou un sentiment de sécurité.
Le deuil ne concerne donc pas seulement qui ou ce qui a disparu, mais aussi tout ce qui y était lié.
PERTE DE QUELQUE CHOSE
D’IMPORTANT
↓
émotions
pensées
réactions physiques
changements pratiques
↓
adaptation progressive
à une nouvelle réalitéIl n’existe pas de manière unique ou « correcte » de faire son deuil.
Le deuil, c’est plus que de la tristesse
La tristesse est sans doute l’émotion la plus souvent associée au deuil, mais celui-ci peut inclure bien d’autres ressentis : manque, colère, culpabilité, soulagement, confusion, peur, solitude, reconnaissance, vide, ou même des moments où l’on ne ressent presque rien.
LE DEUIL PEUT ÊTRE
tristesse
+
colère
+
manque
+
soulagement
+
culpabilité
+
amour
+
confusionDes émotions contradictoires ne signifient pas qu’une personne fait son deuil de travers.
Pourquoi une perte demande-t-elle autant d’énergie ?
Notre vie quotidienne repose sur des attentes et des habitudes. Nous savons qui appeler, avec qui passer les fêtes, à quoi ressemble notre semaine et quel avenir nous imaginons.
Quand quelque chose d’important disparaît, ce ne sont pas seulement les émotions qui changent, mais parfois aussi tout un ensemble d’évidences.
AVANT LA PERTE
voilà à quoi ressemble ma vie
↓
perte
↓
les anciennes attentes
ne tiennent plus
↓
une nouvelle réalité
doit être reconstruiteS’adapter à cela demande souvent du temps et une énergie mentale importante.
Le deuil ne suit pas des étapes fixes
L’idée répandue selon laquelle tout le monde traverse successivement des étapes précises du deuil est trop simpliste.
Les émotions peuvent apparaître dans des ordres différents, certaines réactions ne jamais se produire, et l’on peut être touché à nouveau plus tard par quelque chose que l’on croyait déjà digéré.
LE DEUIL N’EST PAS :
étape 1
↓
étape 2
↓
étape 3
↓
terminé
LE DEUIL PEUT PLUTÔT ÊTRE :
tristesse
↕
vie quotidienne
↕
souvenirs
↕
adaptation
↕
tristesse à nouveauUne journée difficile après une bonne période ne signifie donc pas automatiquement qu’une personne « revient à la case départ ».
Pourquoi la tristesse revient-elle par vagues ?
Le deuil est profondément lié aux souvenirs, aux relations et aux situations. Une chanson, un anniversaire, une odeur, une réunion de famille, une rue ou une photo inattendue peuvent soudain rendre la perte de nouveau très présente.
SOUVENIR
↓
le lien
redevient perceptible
↓
manque
↓
la tristesse
refait surfaceCela peut se produire des mois ou des années plus tard. Cela ne signifie pas forcément que le processus de guérison a échoué.
Faire son deuil de quelqu’un qui est encore vivant
Un type de perte particulier apparaît lorsqu’une personne est encore en vie, mais que la relation n’est plus accessible ou n’est plus la même.
Cela peut se produire par exemple en cas de rupture familiale durable, de divorce, de démence, d’addiction, d’émigration ou d’autres situations où la personne existe physiquement, mais où la relation d’autrefois a en grande partie disparu.
On parle souvent alors de perte ambiguë.
LA PERSONNE EST TOUJOURS LÀ
mais
LA RELATION TELLE
QU’ELLE ÉTAIT N’EXISTE
PLUSCela peut être particulièrement compliqué parce qu’il n’y a pas de véritable adieu ni de fin définitive.
Pourquoi une perte de ce type peut-elle être si déroutante ?
Dans le cas d’un décès, il est clair que la personne ne reviendra pas. Dans le cas d’une rupture familiale, la personne peut encore vivre quelque part, fêter des anniversaires et mener sa vie quotidienne.
Du coup, l’espoir et la perte peuvent coexister :
« Tu me manques »
et
« Tu es encore là »
et
« Peut-être que
cela changera un jour »
et
« En ce moment,
tu n’es pas là pour moi »Cela ne rend pas ce deuil moins réel.
Le deuil d’une relation est souvent le deuil de bien plus encore
Après une séparation, une personne peut faire le deuil d’un partenaire, mais aussi en même temps d’amis communs, de routines quotidiennes, de vacances, de liens familiaux, d’un lieu de vie et d’un avenir imaginé à deux.
PERTE D’UNE RELATION
↓
peut aussi signifier la perte de :
routine quotidienne
cercle social
rôle
logement
sécurité
projection d’avenirC’est pourquoi l’ampleur du deuil peut facilement être sous-estimée de l’extérieur.
Le deuil de l’identité
Parfois, ce n’est pas seulement quelque chose d’extérieur à soi qui disparaît, mais aussi l’image qu’on avait de soi-même.
Par exemple :
« J’étais marié. »
« J’étais sportif de haut niveau. »
« Je faisais partie de cette communauté. »
« Je pensais que c’était ma foi pour la vie. »
Lorsque cette identité s’effondre, la question peut surgir :
« Qui suis-je maintenant ? »
ANCIENNE IDENTITÉ
↓
perte ou changement
↓
‘Qu’est-ce qui fait encore
partie de moi ?’
↓
identité nouvelle ou plus largeCela aussi peut faire partie du deuil.
Le deuil d’un avenir qui ne viendra plus
On peut aussi être en deuil de quelque chose qui n’a jamais existé au sens littéral, mais sur lequel on a pourtant compté pendant des années.
Par exemple un avenir avec un partenaire, une carrière, des enfants, le retour à la santé ou une espérance religieuse.
AVENIR ESPÉRÉ
↓
semblait réel
et porteur de sens
↓
s’avère ne plus être
réalisable ou crédible
↓
perteLa douleur ne porte alors pas sur un souvenir du passé, mais sur un avenir que la personne avait déjà intégré psychologiquement à sa vie.
Comment cela peut-il se manifester chez les (ex-)Témoins de Jéhovah ?
Pour certaines personnes qui quittent les Témoins de Jéhovah, un changement de croyance peut toucher plusieurs pertes à la fois.
Il peut s’agir, par exemple, de :
contacts familiaux
+
amis
+
assemblée
+
routines quotidiennes
+
identité religieuse
+
sécurité
+
attente pour l’avenirPour quelqu’un qui a cru pendant des années qu’il pourrait vivre éternellement sur une terre paradisiaque, un changement de conviction peut aussi signifier, par exemple, qu’une image d’avenir importante doit être réexaminée.
Ce n’est pas forcément ressenti comme une perte par tout le monde. Certains éprouvent surtout de la liberté ou du soulagement. D’autres ressentent à la fois une perte et un soulagement.
Tout le monde ne perd pas la même chose en partant
Les circonstances varient énormément.
L’un garde le contact avec presque tous les membres de sa famille et a déjà un large réseau social en dehors de l’assemblée. Un autre perd plusieurs relations importantes en même temps.
PERSONNE A
la foi change
la famille reste
les amis restent
vie quotidienne stable
PERSONNE B
la foi change
les contacts familiaux diminuent
les amis disparaissent
l’identité changeC’est pourquoi la guérison après un changement de foi similaire ne suit pas forcément le même chemin.
Un départ volontaire peut quand même provoquer un deuil
Faire soi-même un choix ne protège pas de la tristesse.
On peut mettre fin à une relation et pourtant en faire le deuil. Un salarié peut quitter volontairement son emploi et regretter ses collègues. Quelqu’un peut quitter de son plein gré une communauté religieuse et être triste de ce qui disparaît avec elle.
‘J’AI CHOISI CELA’
≠
‘DONC JE N’AI PAS LE DROIT
DE ME MANQUER ÇA’Une décision peut être la bonne pour quelqu’un tout en ayant des conséquences douloureuses.
Le soulagement et la tristesse peuvent coexister
Après la fin d’une situation difficile, quelqu’un peut ressentir à la fois du soulagement et une perte.
‘Je suis content
d’être plus libre’
et
‘Les gens que j’aime
me manquent’L’un de ces sentiments n’invalide pas l’autre.
Quand les autres ne reconnaissent pas votre perte
Certaines pertes sont reconnues spontanément. Après un décès, les gens comprennent généralement pourquoi quelqu’un est en deuil.
D’autres pertes sont moins visibles.
Quelqu’un peut par exemple entendre :
« Mais c’est toi qui es parti, non ? »
« Il est encore en vie, non ? »
« Tu peux simplement te faire de nouveaux amis. »
Lorsque l’entourage reconnaît à peine une perte, on parle parfois de deuil non reconnu (disenfranchised grief).
JE VIS UNE PERTE
↓
l’entourage la reconnaît
à peine
↓
moins de place
pour le deuil et le soutienCela peut rendre l’expérience plus solitaire.
Vous n’avez pas à choisir entre faire votre deuil et continuer à vivre
Les recherches modernes sur le deuil décrivent que les personnes passent souvent d’un va-et-vient entre l’attention portée à la perte et l’attention portée à la reconstruction et à la vie quotidienne.
AXÉ SUR LA PERTE
manquer
se souvenir
ressentir de la tristesse
↕
AXÉ SUR LA RECONSTRUCTION
travailler
nouveaux contacts
questions pratiques
nouvelles expériencesVous n’avez donc pas besoin d’être constamment focalisé sur la perte pour « bien » faire votre deuil.
Une soirée à rire ou de belles vacances ne signifient pas que vous ne manquez plus quelqu’un.
Un lien durable n’a pas forcément quelque chose de malsain
Le deuil ne se termine pas toujours par un détachement complet.
On peut conserver un lien intérieur durable avec quelqu’un ou quelque chose qui a compté : des souvenirs, des valeurs, des histoires, des rituels ou des photos.
CONTINUER À VIVRE
ne veut pas forcément dire
OUBLIERLa relation à la perte peut changer sans disparaître complètement.
Deuil et culpabilité
Après une perte, des pensées comme celles-ci apparaissent facilement :
« J’aurais dû faire davantage. »
« J’aurais dû avoir cette conversation autrement. »
« Si j’avais fait un autre choix, peut-être que cela ne serait pas arrivé. »
Certaines peuvent mener à une réflexion saine. D’autres se transforment en auto-accusation tenace.
Une distinction utile est la suivante :
QU’AI-JE VRAIMENT
PU INFLUENCER ?
et
QU’EST-CE QUE J’ÉVALUE
APRÈS COUP AVEC UN SAVOIR
QUE JE N’AVAIS PAS À L’ÉPOQUE ?Le deuil ne doit pas forcément se résoudre en désignant une seule personne comme coupable.
Deuil et colère
La colère est aussi très fréquente lors d’une perte.
On peut être en colère contre un membre de sa famille, un médecin, un ex-partenaire, une organisation religieuse, soi-même, Dieu ou simplement contre le fait que la situation existe.
La colère ne signifie pas automatiquement qu’on reste bloqué. Parfois, elle signale quelque chose qui comptait ou une injustice ressentie.
La vraie question est surtout de savoir ce que l’on fait de cette colère.
Deuil et sens
La perte peut toucher des convictions fondamentales :
« Comment pensais-je que la vie fonctionnait ? »
« Où avais-je ma place ? »
« Qu’est-ce qui donne maintenant du sens à ma vie ? »
C’est pourquoi le rétablissement ne consiste parfois pas seulement à souffrir moins, mais à reconstruire du sens.
QUELLE ÉTAIT MA
VIE JUSQU’ICI ?
↓
QU’EST-CE QUI A CHANGÉ ?
↓
QU’EST-CE QUE JE VEUX
EMPORTER OU CONSTRUIRE MAINTENANT ?Le deuil n’a pas besoin d’être « terminé »
L’idée « il faut maintenant que j’aie enfin tourné la page » peut ajouter une pression supplémentaire.
De grandes pertes peuvent conserver une place durable dans le récit de vie d’une personne.
Le rétablissement ne signifie donc pas nécessairement :
« Je ne ressens plus rien. »
Il peut aussi signifier :
« Je peux vivre avec, sans que la perte détermine tout, chaque jour. »
Quand une aide professionnelle est-elle indiquée ?
De nombreuses réactions de deuil sont des réactions normales à une perte et ne nécessitent pas de traitement.
Un soutien professionnel peut être utile lorsque quelqu’un reste longtemps très bloqué, ne fonctionne presque plus, demeure constamment submergé ou lorsque le deuil s’accompagne de symptômes dépressifs, anxieux ou traumatiques importants.
En cas de décès, il existe aussi le diagnostic reconnu de trouble de deuil prolongé, avec des critères spécifiques. Un deuil intense à lui seul ne signifie pas automatiquement que la personne présente ce trouble.
Que peut-on en faire ?
Ne commencez pas seulement par :
« Pourquoi suis-je encore triste ? »
mais par :
QU’AI-JE
VRAIMENT PERDU ?
une personne ?
une relation ?
une communauté ?
une identité ?
de la sécurité ?
un avenir ?
plusieurs choses à la fois ?Quand il devient plus clair en quoi consiste réellement la perte, il devient aussi plus clair quel soutien peut être utile.
La perte d’un réseau social demande par exemple en partie autre chose que la perte d’une conviction ou d’une vision de l’avenir.
De nouvelles relations ne remplacent pas le passé
De nouvelles relations peuvent énormément aider, mais elles n’ont pas à « remplacer » les anciennes.
NOUVEAU LIEN
peut apporter quelque chose
sans
ANNULER
L’ANCIENNE PERTEOn peut reconstruire un nouveau réseau social tout en continuant à éprouver de la peine pour des personnes qui ne font plus partie de sa vie.
Questions pour réfléchir
- Qu’ai-je exactement perdu : une personne, une relation, une communauté, une identité, de la sécurité ou une vision de l’avenir ?
- Quelles parties de ma perte sont visibles aux autres et lesquelles le sont à peine ?
- Est-ce que quelqu’un me manque alors qu’il est encore en vie mais n’est plus réellement disponible ?
- Quels sentiments existent à côté de la tristesse — par exemple la colère, le soulagement ou la culpabilité ?
- Est-ce que je m’impose un calendrier pour quelque chose qui n’a peut-être pas de délai fixe ?
- Quelles parties de ma vie d’avant veux-je préserver dans ma nouvelle vie ?
- Quelles nouvelles formes de lien et de sens sont possibles sans faire comme si l’ancienne perte n’existait pas ?
Résumé
Le deuil est une réaction naturelle à la perte de quelque chose à laquelle était liée une valeur particulière.
Il ne s’agit pas forcément d’un décès.
LE DEUIL PEUT CONCERNER
une personne
une relation
la santé
les contacts familiaux
une communauté
une identité
une conviction
une vision de l’avenirLe deuil ne suit pas un schéma unique. La tristesse peut revenir par vagues et coexister avec du soulagement, de l’amour, de la colère ou une nouvelle joie.
Pour certains anciens Témoins de Jéhovah, un changement de croyance peut toucher plusieurs pertes à la fois : les relations, la communauté, l’identité et les attentes pour l’avenir. Pour d’autres, l’impact est beaucoup plus limité ou c’est le soulagement qui domine.
La question centrale n’est donc pas seulement :
« Qu’est-ce qui a disparu ? »
mais :
« Qu’est-ce que ce que j’ai perdu représentait pour ma vie — et comment puis-je construire une nouvelle réalité dans laquelle cette perte a sa place ? »
Sources et approfondissement
Margaret Stroebe & Henk Schut – The Dual Process Model of Coping with Bereavement: Rationale and Description, 1999. Décrit comment les personnes oscillent pendant le deuil entre une attention centrée sur la perte et une adaptation centrée sur la restauration.
Margaret Stroebe & Henk Schut – The Dual Process Model of Coping with Bereavement: A Decade On, 2010. Développement supplémentaire du deuil comme processus dynamique plutôt que comme succession fixe d’étapes.
Pauline Boss – Ambiguous Loss: Learning to Live with Unresolved Grief, 1999. À propos d’une perte où une personne peut être psychologiquement ou relationnellement absente, sans qu’il existe de fin définitive clairement établie.
Kenneth J. Doka – Disenfranchised Grief: Recognizing Hidden Sorrow, 1989. À propos d’un deuil insuffisamment reconnu par l’entourage ou auquel la société laisse peu de place.
Dennis Klass, Phyllis R. Silverman & Steven L. Nickman – Continuing Bonds: New Understandings of Grief, 1996. À propos de l’idée qu’un lien intérieur durable avec ce qui a été perdu n’est pas automatiquement malsain.
George A. Bonanno – Loss, Trauma, and Human Resilience, 2004. À propos des différents parcours après une perte et du fait que les personnes présentent des trajectoires de deuil et de rétablissement très variées.
Voir aussi
Deuil différé – Quand la tristesse ne devient claire ou intense que plus tard.
Résilience – Comment les personnes peuvent s’adapter après une épreuve sans que la douleur doive disparaître.
Besoin de sens – Comment une perte peut soulever des questions sur l’orientation, l’identité et l’avenir.
Identité sociale – Ce qui se passe lorsqu’un groupe important fait partie de qui vous pensez être.
Conflit de loyauté – Quand la loyauté envers soi-même entre en conflit avec le lien à des personnes que l’on aime.
Auto-accusation – Quand la perte ramène sans cesse à la question de ce que vous auriez dû faire autrement.
Croissance post-traumatique – Quand certaines personnes vivent, en plus de la perte, des changements dans leurs valeurs ou leur orientation de vie.