Questions qui résonnent

- Reconnais-tu qu’un changement de croyance peut, en même temps, être vécu comme la perte de personnes, d’habitudes et d’une grande partie de la vie familière qui te rassurait ?

- T’es-tu déjà rendu compte que quelqu’un peut te manquer alors même que cette personne est encore en vie, mais que le contact a presque disparu ?

- As-tu parfois l’impression qu’il est difficile de rester fidèle à toi-même tout en aspirant à retrouver ta famille, tes amis ou ton ancienne communauté ?

- Reconnais-tu que l’exclusion ou la mise à distance par les autres peut toucher ton sentiment d’appartenance, ton estime de toi ou ton sentiment de sécurité ?

- T’es-tu déjà demandé si ton désir de revenir concernait surtout ta foi, les personnes qui te manquent, ou les deux ?

Pour les Témoins de Jéhovah et les anciens Témoins de Jéhovah confrontés au doute, à l’inactivité, au départ, à l’exclusion, à la perte de relations ou à d’autres changements profonds liés à leur foi.

Changer de croyance religieuse ou quitter une croyance peut, pour certaines personnes, signifier bien plus qu’un simple changement d’opinion sur la religion. Lorsque des membres de la famille, des amis ou d’autres connaissances limitent le contact ou le rompent, plusieurs pertes peuvent survenir en même temps.
Avec cette lettre à compléter, tu peux mettre en évidence ce qui a changé dans ta situation, ce que tu as perdu, comment tu vas et de quoi tu as besoin comme aide.
Tu peux remplir les questions à la maison, les imprimer et les remettre à ton médecin généraliste, au psychologue de soins primaires (POH-GGZ), à un psychologue ou à un autre professionnel de l’aide.
Il ne s’agit pas d’un test diagnostique. Les questions servent à mieux comprendre ta situation et à en parler plus facilement.

POUR LE PROFESSIONNEL DE L’AIDE

Votre client est ou a été Témoin de Jéhovah et peut être confronté au doute, à un changement de croyance, au départ de la communauté religieuse, à l’exclusion sociale ou à une forte diminution des contacts avec des membres de la famille, des amis et/ou la communauté religieuse.
Pour bien comprendre la charge psychique, il peut être important de ne pas se limiter à des relations rompues prises isolément. Pour une personne qui a vécu pendant des années au sein d’une communauté religieuse et sociale très soudée, plusieurs fondements de la vie peuvent changer ou disparaître en même temps :
la famille, les amis, une grande partie du réseau social, les contacts quotidiens ou hebdomadaires, l’identité religieuse et sociale, les rôles et routines familiers, les attentes pour l’avenir, le sens de la vie, le sentiment d’appartenance et des personnes qui ont été témoins pendant des décennies de la vie de cette personne.
La recherche qualitative spécifique aux TJ décrit, après un départ et un ostracisme, notamment la solitude, la perte de lien, la menace pour l’identité sociale, une diminution du bien-être psychique, une perte de contrôle, des sentiments d’inutilité et de méfiance.
Il est donc pertinent, en présence de troubles psychiques, de ne pas demander seulement quelle croyance la personne a perdue, mais aussi quelles personnes, quelle structure sociale, quelle identité, quelle sécurité et quelle histoire de vie ont disparu.

QU’EST-CE QUE L’OSTRACISME ?

L’ostracisme signifie qu’une personne est ignorée ou exclue par les autres. Dans le Need-Threat Model psychologique de Kipling D. Williams, il est décrit que l’ostracisme peut menacer quatre besoins humains fondamentaux : l’appartenance, l’estime de soi, le contrôle et le sentiment d’exister de manière significative.

Appartenance : Est-ce que j’appartiens encore quelque part ?
Estime de soi : Suis-je encore important pour les autres ?
Contrôle : Puis-je faire quelque chose pour changer cette situation ?
Sentiment d’exister de manière significative : Est-ce qu’on me voit encore ? Est-ce que je compte encore ?

En cas d’ostracisme prolongé, le modèle décrit une phase durant laquelle les ressources d’adaptation peuvent s’épuiser. Williams associe l’exclusion chronique notamment à des sentiments d’impuissance, d’aliénation, de dépression et d’inutilité.

Lorsque l’exclusion provient de parents, d’enfants, de frères, de sœurs et d’amis avec lesquels la personne a été très liée pendant des années, il ne s’agit donc peut-être pas seulement d’une perte de contact social. L’appartenance, l’estime de soi, le contrôle et le sentiment de compter peuvent eux aussi être mis à mal.

FAIRE LE DEUIL DE PERSONNES ENCORE EN VIE

Un aspect particulier de cette situation est qu’une personne peut faire le deuil de personnes toujours vivantes. Un père, une mère, un frère, une sœur, un enfant ou un bon ami existe toujours, mais peut ne plus être, ou presque plus être, accessible.
Peuvent aussi disparaître des personnes qui ont été témoins de périodes importantes de l’histoire de vie d’une personne. Des gens à qui l’on pouvait dire : « Tu te souviens quand... ? » et qui savaient immédiatement de quoi l’on parlait.
De nouvelles relations peuvent devenir très précieuses, mais quelqu’un rencontré aujourd’hui n’était pas présent pendant l’enfance ou les périodes de vie antérieures. Lorsque de nombreuses relations de longue date disparaissent en même temps, cela peut donc donner l’impression que ce ne sont pas seulement des personnes qui s’en vont, mais aussi une partie de l’histoire de vie partagée.

Cette perte est décrite de manière spécifique dans des recherches menées auprès d’anciens Témoins de Jéhovah. Ransom, Monk et Heim ont étudié les expériences d’anciens TJ autour du départ, de l’ostracisme et de l’identité sociale. Ils ont choisi pour leur publication le titre évocateur Grieving the Living: The Social Death of Former Jehovah’s Witnesses — faire son deuil des vivants : la mort sociale d’anciens Témoins de Jéhovah. Les participants ont décrit des conséquences profondes sur les relations, l’identité, le sentiment d’appartenance et le bien-être psychique, entre autres.
Dans une autre étude sur d’anciens Témoins de Jéhovah, Luther décrit lui aussi de graves conséquences sociales et psychologiques du shunning, notamment la solitude, la perte de contrôle, des sentiments d’inutilité et de la méfiance.

Pour un·e professionnel·le de l’aide, il peut donc être important de ne pas considérer cette perte comme la simple fin d’une croyance religieuse. Pour certain·e·s client·e·s, il s’agit en même temps de la perte de la famille, des amitiés, de la communauté, de l’identité, de la sécurité, de la vision de l’avenir et d’une grande partie de leur monde social familier.

LE DILEMME DU RETOUR

Pour certaines personnes, cela crée un dilemme complexe :
« Si je reviens dans la foi, je récupère ma famille et mes amis. »
Deux sentiments peuvent coexister :
« Je ne crois plus à cela et je veux rester fidèle à moi-même. »
« Ma famille et mes amis me manquent terriblement. »
Ces sentiments ne sont pas forcément contradictoires. On peut soutenir la décision de ne plus vivre selon une certaine croyance religieuse et, en même temps, souffrir profondément de la perte de personnes qui comptent pour soi.
C’est pourquoi il peut être important de ne pas demander seulement :
« Pourquoi ne peux-tu pas tourner la page ? »
mais surtout :
« Qu’as-tu exactement perdu ? »
Et lorsqu’une personne envisage de revenir :
« Veux-tu revenir parce que tu crois à nouveau, parce que tu regrettes les personnes qui te manquent, ou les deux ? »

MA SITUATION

Nom (facultatif) : __________________________________________ Date : __________________

Ma situation actuelle

☐ Je suis excommunié·e ☐ Je suis parti·e de moi-même ☐ Je suis inactif·ve
☐ Je suis encore Témoin de Jéhovah, mais j’ai des doutes ☐ Je suis en train de partir
☐ Autre : ___________________________________________________________________

Depuis combien d’années suis-je ou ai-je été Témoin de Jéhovah ? ______________________________
Ai-je été élevé·e comme Témoin de Jéhovah ? ☐ Oui ☐ Non ☐ Partiellement

QUI AI-JE PERDU ?

☐ père ☐ mère ☐ enfant(s) ☐ frère(s) ☐ sœur(s) ☐ grands-parents
☐ autres membres de la famille ☐ meilleur·e ami·e ☐ plusieurs amis
☐ presque tout mon groupe d’amis ☐ des personnes de ma congrégation
☐ une grande partie de mon réseau social ☐ autre : ____________________________

Avec combien de personnes avais-tu régulièrement contact avant ce changement ? Environ : _____ personnes
Avec combien de ces personnes as-tu encore régulièrement contact aujourd’hui ? Environ : _____ personnes

Qui te manque le plus en ce moment ?


Pourquoi précisément cette personne ou ces personnes ?

QUOI D’AUTRE AI-JE PERDU ?

☐ le sentiment d’appartenance ☐ la certitude dans la foi ☐ une vision de l’avenir
☐ l’identité sociale ☐ une structure quotidienne ☐ une communauté religieuse
☐ des habitudes familières ☐ des personnes qui connaissent mon enfance
☐ des personnes avec qui je peux évoquer des souvenirs ☐ un sentiment de sécurité
☐ la confiance en moi ☐ le sens de la vie ☐ autre : _________________________________

Qu’est-ce qui me semble être la plus grande perte ?

COMMENT ALLÉE-JE MAINTENANT ?

Attribue à chaque élément une note de 0 à 10. 0 = pas du tout présent | 10 = très fortement présent.

Solitude : ___ /10 Tristesse : ___ /10 Peur : ___ /10 Culpabilité : ___ /10
Honte : ___ /10 Colère : ___ /10 Désespoir : ___ /10
Sentiment de ne plus appartenir à rien : ___ /10 Difficulté à me retrouver : ___ /10
Envie de ma famille/mes amis : ___ /10
Envie de retourner dans la communauté de foi : ___ /10

Quels sentiments ou symptômes manquent ci-dessus ?

RETOUR — QU’EST-CE QUE JE DÉSIRE VRAIMENT ?

Est-ce qu’il m’arrive de penser à revenir ? ☐ Jamais ☐ Parfois ☐ Régulièrement ☐ Souvent ☐ Presque constamment

Si tout le monde reprenait contact avec moi demain sans que je doive revenir dans la foi, voudrais-je encore revenir ? ☐ Oui ☐ Non ☐ Je ne sais pas

Quand je pense à revenir, ce que je désire surtout, c’est :
☐ la foi ☐ Jéhovah ☐ la certitude ☐ ma famille ☐ mes enfants ☐ mes amis
☐ la communauté ☐ le sentiment d’appartenance ☐ mon ancienne vie
☐ un soulagement de ma solitude ☐ autre : __________________________________

À quoi devrais-je renoncer ou qu’est-ce que je devrais changer pour pouvoir revenir ?

Quel effet cette idée me fait-elle ?

MA SÉCURITÉ

Cette partie est importante à remplir honnêtement.

Au cours des dernières semaines, ai-je pensé : « La vie n’en vaut plus la peine pour moi » ?
☐ Non ☐ Une fois ou deux ☐ Régulièrement ☐ Souvent

Ai-je eu des pensées suicidaires ?
☐ Non ☐ Oui, mais sans plan précis ☐ Oui, et j’ai réfléchi à la manière de le faire
☐ Oui, et j’ai établi des plans concrets

Me suis-je fait du mal ou ai-je pensé à me faire du mal ? ☐ Non ☐ Oui
Est-ce que je me sens en sécurité avec moi-même en ce moment ? ☐ Oui ☐ J’hésite ☐ Non

Qui puis-je appeler ou aller voir lorsque je ne vais pas bien ?
Nom(s) : ______________________________ Numéro(s) de téléphone : __________________

Cette partie n’est pas un test de risque. Les réponses sont destinées à rendre visibles et discutables des sentiments importants.
Si vous ne vous sentez pas en sécurité avec vous-même en ce moment ou si vous pensez que vous pourriez vous faire du mal, n’attendez pas votre prochain rendez-vous. Contactez immédiatement votre médecin généraliste ou le service de garde. Appelez le 112 en cas de danger immédiat pour la vie.

CE QUE JE VEUX QUE MON PRATICIEN SAIT

Que devriez-vous savoir de mon parcours pour mieux me comprendre ?

Quel impact la perte de ma famille et/ou de mon réseau social a-t-elle sur moi ?

De quoi ai-je le plus besoin d’aide en ce moment ?

Qu’est-ce que je trouve difficile à dire à voix haute, mais qu’il est important que vous sachiez ?

À L’ATTENTION DU PRATICIEN

Ce questionnaire n’a pas pour objectif d’associer à l’avance un diagnostic aux plaintes du client. Il peut toutefois être pertinent, lors de l’anamnèse, d’accorder une attention explicite à la perte sociale, au deuil, à la solitude, à la culpabilité et à la honte, au changement identitaire, à la perte de sens et d’autonomie, à l’anxiété, aux symptômes dépressifs et à la suicidalité.
Il peut être important, dans ce contexte, de distinguer entre la perte de la foi et la perte des personnes. Un client peut assumer ses convictions modifiées tout en souffrant gravement des conséquences sociales.
À l’inverse, quelqu’un peut avoir des doutes sur son départ, vouloir réexaminer sa foi ou souhaiter effectivement revenir. Ce questionnaire n’a pas pour but de favoriser l’un de ces résultats.
Deux questions peuvent être particulièrement éclairantes à cet égard :
« Si vous ne perdiez pas votre famille et vos amis, comment vous sentiriez-vous par rapport à votre choix de quitter la foi ? »
« Regrettez-vous la foi, les personnes, ou les deux ? »
Les réponses peuvent aider à mieux comprendre où se situent, à ce moment-là, la douleur, les doutes et la demande d’aide.

SOURCES

1. Williams, K. D. (2009). Ostracism: A Temporal Need-Threat Model. Advances in Experimental Social Psychology, 41, 275–314. DOI: 10.1016/S0065-2601(08)00406-1.

2. Ransom, H. J., Monk, R. L., & Heim, D. (2022). Grieving the Living: The Social Death of Former Jehovah’s Witnesses. Journal of Religion and Health, 61, 2458–2480. DOI: 10.1007/s10943-020-01156-8.

3. Luther, R. (2023). What Happens to Those Who Exit Jehovah’s Witnesses: An Investigation of the Impact of Shunning. Pastoral Psychology, 72(1), 105–120. DOI: 10.1007/s11089-022-01051-x.

Note méthodologique
Les recherches scientifiques portant spécifiquement sur les expériences d’anciens Témoins de Jéhovah sont encore limitées. Les études spécifiques aux TJ mentionnées ci-dessus, celles de Ransom et al. et de Luther, sont des études qualitatives portant respectivement sur six et dix participants. Les expériences décrites ne peuvent donc pas être interprétées comme des pourcentages ni comme valables universellement pour tous les anciens Témoins de Jéhovah. Ces études restent néanmoins pertinentes pour reconnaître et comprendre la nature et la gravité possible des expériences que d’anciens TJ peuvent rapporter après l’ostracisme et la perte de leur environnement social. Une évaluation individuelle reste nécessaire.