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C - Dissonance cognitive

Que se passe-t-il lorsque des informations entrent en conflit avec ce en quoi vous croyez ?

Questions familières Pourquoi est-ce que je ressens une tension lorsque des informations ne correspondent pas à ce que j’ai toujours cru ? Pourquoi est-ce que je veux parfois rejeter immédiatement une source avant de l’avoir bien examinée ? Pourquoi le doute peut-il susciter de la culpabilité ou de la peur ? Pourquoi est-ce que je cherche plus facilement des informations qui confirment ce que je crois déjà ? La dissonance cognitive peut-elle aussi exister chez les anciens Témoins de Jéhovah ? Comment puis-je examiner ce qui est vrai sans laisser la peur ou mes convictions actuelles décider à ma place ? Qu’est-ce que la dissonance cognitive ? La dissonance cognitive est un concept de la psychologie sociale, rendu surtout célèbre par le psychologue américain Leon Festinger et son livre A Theory of Cognitive Dissonance , paru en 1957. Elle décrit la tension psychologique qui peut apparaître lorsque des croyances, des connaissances, des valeurs ou des comportements ne concordent pas vraiment entre eux. Prenons par exemple quelqu’un qui croit fermement : « Mon organisation religieuse est dirigée par Dieu. » Cette personne découvre ensuite des informations qui lui font penser : « Cela ne semble pas correspondre à ce qu’on m’a toujours enseigné. » Ces deux pensées peuvent être difficiles à faire coexister. Cela ne veut pas automatiquement dire que la nouvelle information est correcte. Et cela ne veut pas non plus automatiquement dire que la conviction initiale est fausse. Cela signifie seulement qu’il y a une contradiction. Et cette tension, les gens cherchent souvent à la réduire. Comment fonctionne la dissonance cognitive ? Les gens ont généralement besoin d’une certaine cohérence entre ce qu’ils croient, savent et font . Lorsque cette cohérence est perturbée, nous pouvons réagir de différentes manières. 1. Rejeter la nouvelle information Par exemple : « Cette source n’est pas fiable. » Ou : « Cette personne a un agenda caché. » Cela peut d’ailleurs être une conclusion tout à fait correcte. Certaines sources sont peu fiables. La question devient intéressante lorsque nous nous demandons : Ai-je réellement examiné la source, ou est-ce que je la rejette surtout parce que l’information est inconfortable ? 2. Ajuster notre conviction existante Après examen, quelqu’un peut conclure : « J’ai toujours pensé que c’était ainsi, mais apparemment les choses sont différentes. » Cela ne signifie pas forcément qu’il abandonne toute sa vision du monde. Une conviction peut aussi être modifiée partiellement. 3. Réduire la contradiction Par exemple : « Peut-être que ce point précis est faux, mais cela ne veut pas dire que tout est faux. » Là encore, ce n’est pas nécessairement une réaction déraisonnable. Toutes les erreurs n’ont pas la même importance. La vraie question reste : Quelle est réellement l’importance de cette contradiction ? La dissonance cognitive ne signifie pas qu’une personne est stupide C’est important. La dissonance cognitive n’est pas un signe de faible intelligence. Ce n’est pas non plus un trouble psychique. C’est un phénomène psychologique humain général . Un scientifique hautement qualifié peut y être confronté. Un médecin. Un politicien. Un athée. Un chrétien. Un Témoin de Jéhovah. Et aussi un ancien Témoin de Jéhovah. Personne n’y échappe. C’est justement pourquoi il est utile d’apprendre à reconnaître ce mécanisme chez nous-mêmes , au lieu de le chercher seulement chez les autres. La dissonance cognitive et la religion Les convictions religieuses peuvent être profondément liées à l’identité d’une personne. La foi peut avoir une influence sur : la famille ; les amis ; le choix du conjoint ; l’éducation des enfants ; la morale ; les attentes pour l’avenir ; les routines quotidiennes ; le sens de la vie et de la mort ; la manière dont une personne se perçoit elle-même. Lorsque de nouvelles informations ne contredisent qu’un petit détail, cela peut n’avoir que peu d’effet. Mais lorsque les informations touchent à une conviction sur laquelle repose une grande partie de votre vie, la tension peut être bien plus forte. La question n’est alors pas seulement : « Cette information est-elle exacte ? » Des questions bien plus importantes peuvent surgir inconsciemment : « Qu’est-ce que cela signifie pour ma foi ? » « Que va-t-il se passer avec ma famille ? » « Que penseront mes amis ? » « Et si je décevais Jéhovah ? » « Et si je faisais le mauvais choix ? » « Et si je perdais tout ? » Cela peut rendre l’examen indépendant beaucoup plus compliqué sur le plan émotionnel. La dissonance cognitive chez les Témoins de Jéhovah Les Témoins de Jéhovah aussi sont des personnes ordinaires et peuvent donc ressentir de la dissonance cognitive. Supposons par exemple qu’une personne soit convaincue depuis des années d’une certaine interprétation biblique. Ensuite, elle découvre des informations historiques qui, selon elle, sont difficiles à concilier avec cette interprétation. Ou bien elle lit une ancienne publication qui s’exprime différemment d’une publication actuelle. Ou encore elle a des questions au sujet d’une décision de politique interne. Ou elle découvre des informations sur l’histoire de l’organisation qu’elle ne connaissait pas. Il peut alors naître une tension entre : « C’est la vérité. » et : « Mais comment dois-je alors comprendre cette information ? » Il n’en découle pas automatiquement que l’information critique soit vraie. La partie psychologiquement intéressante est ce qui se passe ensuite . La personne examine-t-elle les deux côtés ? Vérifie-t-elle la source originale ? Cherche-t-elle uniquement des explications qui confirment sa conviction existante ? Ou accepte-t-elle au contraire trop facilement des informations critiques parce qu’elle est désormais déçue ? Ce dernier point est au moins aussi important. Le doute peut être vécu comme quelque chose de plus lourd encore Pour quelqu’un qui associe fortement sa conviction religieuse à sa fidélité envers Dieu, le doute peut être plus qu’une question intellectuelle. Le doute peut être ressenti comme : « Peut-être que je fais quelque chose de mal. » Ou même : « Et si mes recherches signifiaient que je suis infidèle à Jéhovah ? » De ce fait, deux processus peuvent se dérouler en même temps. On veut savoir ce qui est vrai. Mais on ne veut pas non plus perdre ce qui est précieux, rassurant et familier. C’est ce qui rend parfois le doute si épuisant. Il ne s’agit alors pas seulement d’informations. Il s’agit d’identité, de relations, de sécurité et de sens. Dissonance cognitive lors de la sortie des Témoins de Jéhovah Certains anciens Témoins de Jéhovah décrivent leur changement de croyance comme un processus de longue durée. Ce n’est pas un seul article ni une seule découverte qui a tout changé. Des questions sont apparues. Une première question a peut-être trouvé une réponse. Plus tard, une autre est venue. Certaines informations ont d’abord été rejetées ou expliquées. D’autres ont continué à ronger. À un moment donné, une personne peut avoir le sentiment que sa conviction actuelle ne suffit plus à expliquer ce qu’elle a découvert. Pour certaines personnes, un tel processus dure des mois. Pour d’autres, des années. Et certains Témoins de Jéhovah examinent des sujets difficiles et décident finalement de continuer à croire. Il n’existe donc pas de déroulement universel. Pourquoi de tels changements peuvent-ils susciter autant d’émotions ? Lorsqu’une conviction n’est qu’une opinion, la changer peut être relativement facile. Mais supposons qu’une conviction soit liée à : vos parents, votre conjoint, vos enfants, vos amis, votre vision de l’avenir, Dieu, l’espoir de la vie éternelle, et peut-être à plusieurs décennies de votre vie. Alors un changement peut avoir des conséquences beaucoup plus importantes. Les gens peuvent, au cours d’un tel processus, ressentir par exemple de la peur, de la tristesse, de la confusion, de la culpabilité, de la honte ou du soulagement. Cela ne signifie pas automatiquement que la personne a pris la bonne ou la mauvaise décision. Une émotion nous dit que quelque chose compte pour nous. Elle ne prouve pas automatiquement quelle conviction est vraie. Après le départ, d’anciennes pensées peuvent continuer à revenir Quitter une communauté religieuse ne signifie pas nécessairement que toutes les pensées apprises disparaissent immédiatement. Certains anciens Témoins de Jéhovah décrivent par exemple qu’ils ressentent encore longtemps une tension autour de sujets autrefois importants sur le plan religieux. Des pensées peuvent surgir comme : « Et si Armageddon arrivait quand même ? » « Et si j’avais quitté Jéhovah ? » « Peut-être que ce malheur m’arrive parce que je suis parti. » Certains usages peuvent aussi sembler d’abord étranges ou inconfortables, par exemple les anniversaires ou les fêtes. Ce n’est pas forcément le cas pour chaque ex-TJ. Et cela ne signifie pas non plus que chaque expérience de ce genre relève de la dissonance cognitive. Mais des associations profondément apprises peuvent persister après qu’une personne a modifié ses convictions conscientes. La dissonance cognitive fonctionne aussi chez les ex-Témoins C’est peut-être la partie la plus importante de cet article. Supposons qu’une personne ait quitté les Témoins de Jéhovah et soit désormais convaincue : « L’organisation a tort sur toute la ligne. » Ensuite, elle découvre qu’une certaine affirmation des Témoins de Jéhovah était bel et bien correcte. Dans ce cas aussi, une dissonance cognitive peut apparaître. Un ex-TJ peut croire plus facilement des informations critiques sur l’organisation parce qu’elles correspondent à sa conviction actuelle. Il peut partager un récit négatif sans d’abord vérifier la source originale. Ou rejeter immédiatement des informations provenant de JW.org uniquement parce qu’elles viennent de JW.org . C’est exactement le même problème humain. Par conséquent, la dissonance cognitive n’est pas un outil permettant aux ex-TJ de dire : « Tu vois ? Les Témoins de Jéhovah sont endoctrinés. » Et ce n’est pas non plus un outil permettant à un TJ de dire : « Tu vois ? Les ex-TJ ne veulent tout simplement pas écouter la vérité. » Le mécanisme ne détermine pas qui a raison . Il aide à expliquer pourquoi certaines personnes peuvent avoir du mal avec des informations qui menacent leurs convictions existantes. Applique donc la même grille d’analyse Une manière simple de se tester consiste à se poser les mêmes questions face à des informations avec lesquelles on est d’accord et pas d’accord . Par exemple : Que prétend-on exactement ? Quelle est la source originale ? Puis-je la consulter moi-même ? La source est-elle présentée dans le bon contexte ? Quels arguments existent contre cette conclusion ? Exigerais-je la même charge de la preuve si cette information confirmait ma conviction ? Cette dernière question peut être dérangeante. Mais elle est extrêmement utile. Attention au biais de confirmation La dissonance cognitive est parfois confondue avec le biais de confirmation . Les deux notions sont liées, mais elles ne sont pas identiques. Dans le cas du biais de confirmation, les gens ont tendance à remarquer, chercher ou valoriser plus facilement les informations qui vont dans le sens de ce qu’ils croient déjà. La dissonance cognitive, elle, désigne la tension qui peut apparaître lorsque des convictions, des informations ou des comportements entrent en conflit. Elles peuvent toutefois se renforcer mutuellement. Lorsque des informations contradictoires sont inconfortables, il peut devenir tentant de rechercher surtout celles qui confirment sa conviction existante. Comment y faire face ? L’objectif n’est pas forcément de résoudre immédiatement chaque pensée inconfortable. Parfois, on peut simplement dire : « Je ne sais pas encore. » C’est une réponse valable. Tu peux noter les informations. Consulter la source originale. Lire un contre-argument. Laisser un sujet de côté un moment. Y revenir plus tard. Et surtout : Ne prends pas une grande décision de vie uniquement parce que tu veux te débarrasser au plus vite d’une sensation désagréable. Une décision concernant la foi, les relations ou ton avenir mérite du temps. Et si ta tête est déjà complètement saturée ? La dissonance cognitive peut être encore plus difficile à vivre lorsqu’on est en plus fatigué, tendu ou surstimulé. Quand, en même temps, il faut travailler, s’occuper des enfants, tenir des rendez-vous, remplir des obligations religieuses, faire des recherches et peut-être craindre les conséquences de ses questions, réfléchir clairement peut devenir plus difficile. Cela renvoie à un autre concept psychologique : la charge cognitive. Notre mémoire de travail ne peut traiter qu’une quantité limitée d’informations à la fois. Parfois, ce n’est donc pas de plus de recherche dont on a besoin, mais d’abord : du repos, du sommeil, de la distance et de l’espace mental. Questions à méditer Quelles informations suscitent immédiatement une résistance chez moi ? Pourquoi ? Ai-je moi-même examiné la source originale ? Suis-je aussi critique envers les informations qui confirment ma conviction ? Quelle conviction me serait la plus difficile à changer ? Que perdrais-je si cette conviction était fausse ? Cette perte peut-elle influencer la manière dont j’évalue les preuves ? Puis-je accepter de ne pas savoir quelque chose pour l’instant ? Et peut-être la plus importante : Est-ce que je veux découvrir ce qui est vrai, même si la réponse est différente de ce que j’espère ? Résumé La dissonance cognitive est la tension psychologique qui peut apparaître lorsque des convictions, des informations, des valeurs ou des comportements entrent en conflit. Ce n’est pas la preuve que quelqu’un est idiot, faible ou endoctriné. Et cela ne concerne pas uniquement les Témoins de Jéhovah. Cela fait partie de la condition humaine. Un Témoin de Jéhovah actif peut rejeter une information parce qu’elle menace sa foi. Un ex-TJ peut rejeter une information parce qu’elle menace sa nouvelle vision du monde. La leçon la plus importante n’est donc peut-être pas : « Regarde comment la dissonance cognitive fonctionne chez l’autre. » mais : « Puis-je reconnaître quand cela m’arrive à moi-même ? » C’est là que commence l’esprit critique. Pour aller plus loin Leon Festinger — A Theory of Cognitive Dissonance (1957). L’ouvrage classique dans lequel Festinger a exposé systématiquement la théorie. Carol Tavris & Elliot Aronson — Mistakes Were Made (But Not by Me) . Un livre accessible sur la justification de soi, la dissonance et la raison pour laquelle il peut être difficile pour les gens de reconnaître leurs propres erreurs. Pour votre site web, je ferais en plus des liens internes vers Charge cognitive , Bias de confirmation/ biais de confirmation , Pression du groupe et votre article sur la culpabilité . Ainsi, quelqu’un peut poursuivre sa lecture à partir d’un seul mécanisme psychologique familier, sans que cet article devienne interminable.