Questions reconnaissables

- Quel était le but initial de la règle des deux témoins dans la Bible ?

- Une règle prévue pour l’ancienne justice israélite peut-elle s’appliquer telle quelle aux affaires pénales modernes ?

- Comment peut-on garantir à la fois les droits d’une personne accusée et la protection des victimes ?

- Quel rôle jouent la loyauté, l’identité de groupe et la confiance envers les responsables religieux dans la décision de déposer plainte ou non ?

- Comment une communauté de foi peut-elle prendre au sérieux à la fois les principes bibliques et la protection des personnes vulnérables ?

D’où vient cette règle ? Et comment est-elle appliquée ?

La soi-disant règle des deux témoins est l’un des sujets les plus débattus chez les Témoins de Jéhovah. Ses partisans voient dans cette règle un principe biblique destiné à garantir l’équité et la prudence. Ses critiques soulignent que son application, surtout en cas d’accusations d’abus sexuels, soulève des questions difficiles.

Dans cet article, nous examinons la base biblique, l’application au sein des Témoins de Jéhovah et les différents points de vue qui existent à ce sujet.

Que dit la Bible ?

La règle des deux témoins repose sur plusieurs passages bibliques.

Deutéronome 19:15

"Aucune accusation ne sera établie sur la déposition d’un seul témoin."

Matthieu 18:15-17

Jésus décrit une démarche dans laquelle on commence par s’entretenir en privé avec la personne. Ensuite, une ou deux autres personnes peuvent être prises avec soi avant que l’affaire ne soit portée plus loin.

1 Timothée 5:19

Paul écrit qu’une accusation contre un ancien ne doit être retenue que sur la déposition de deux ou trois témoins.

Ces textes sont vus par beaucoup de chrétiens comme des principes pour évaluer les accusations avec discernement.

Comment cette règle est-elle appliquée ?

Chez les Témoins de Jéhovah, la règle des deux témoins s’applique au traitement des fautes graves au sein de la congrégation.

Lorsqu’il n’y a pas d’aveu et qu’aucun second témoin n’est présent, les anciens ne peuvent, dans de nombreux cas, prendre aucune mesure au sein de la congrégation sur la seule base de l’accusation.

Dans le même temps, l’organisation a indiqué que les victimes ont le droit de signaler les abus sexuels à la police ou à d’autres autorités. Les anciens peuvent informer les victimes de cette possibilité.

De plus, l’obligation légale de signalement varie selon les pays. Les anciens doivent se conformer à la législation en vigueur dans leur pays.

Pourquoi certaines victimes ne portent-elles pas plainte ?

Bien que les victimes puissent porter plainte, certaines choisissent de ne pas le faire.

Il peut y avoir plusieurs raisons à cela.

Certaines victimes espèrent que l’affaire pourra être réglée au sein de la congrégation.

D’autres éprouvent de la honte, de la peur ou un sentiment de loyauté envers leur communauté religieuse.

Certaines ont peur qu’une publicité négative nuise à la réputation de leur foi ou pensent que cela pourrait décourager d’autres personnes de s’y intéresser.

En outre, il peut être difficile pour les victimes d’accuser d’un crime grave une personne en qui elles ont confiance, comme un ancien ou un membre respecté de la congrégation.

Des psychologues soulignent que la loyauté envers un groupe, la peur du rejet et le désir de préserver l’harmonie peuvent jouer un rôle important dans la décision de signaler ou non les faits.

Points de vue différents

Position des Témoins de Jéhovah

Les Témoins de Jéhovah disent vouloir se baser sur des principes bibliques. Selon eux, la règle des deux témoins protège les gens contre des accusations injustes et garantit que les allégations graves soient examinées avec soin.

Par ailleurs, l’organisation souligne que les abus sexuels constituent un péché grave et que les victimes sont libres de déposer plainte à la police.

Position des critiques

Les critiques soutiennent que les abus sexuels ont souvent lieu sans témoins oculaires. Par conséquent, l’application de la règle des deux témoins pourrait conduire une congrégation à ne prendre aucune mesure interne lorsqu’une seule victime avance une accusation et qu’il n’y a pas d’aveu.

Ils estiment qu’ainsi les victimes peuvent avoir le sentiment de ne pas être suffisamment entendues et qu’il existe un risque qu’un agresseur reste actif au sein de la communauté tant qu’il n’y a ni second témoin ni aveu.

Éclairages psychologiques

Les recherches sur les abus sexuels montrent que les victimes attendent souvent longtemps avant de parler de ce qu’elles ont vécu. La peur, la honte, le sentiment de culpabilité, le traumatisme et la loyauté envers la famille ou la communauté peuvent y jouer un rôle important.

Dans les communautés de foi soudées, d’autres facteurs peuvent s’ajouter, comme :

  • la confiance envers les responsables religieux ;

  • le désir de préserver l’unité de la communauté ;

  • la peur des conséquences sociales ;

  • préoccupation pour la réputation de la communauté de foi ;

  • la conviction que les solutions internes sont à privilégier.

Cela ne signifie pas que chaque croyant éprouve ces sentiments, mais les psychologues reconnaissent régulièrement ces facteurs au sein de communautés fortement soudées.

Questions à réfléchir

    Conclusion

    La règle des deux témoins repose sur des versets bibliques qui appellent à la prudence face à des accusations graves. En même temps, son application dans des affaires modernes, comme les abus sexuels, suscite beaucoup de débats.

    Ses partisans considèrent cette règle comme une protection importante contre les accusations infondées. Ses détracteurs soulignent que les abus sexuels se produisent souvent sans témoins et qu’ainsi les victimes ne se sentent pas toujours écoutées.

    C’est précisément pourquoi ce sujet continue de susciter des discussions au sein des communautés religieuses, parmi les juristes, les psychologues et les spécialistes de la protection de l’enfance.

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